Actualités 17-03-2026
Identité patient dans les GHT : pourquoi le serveur d’identités devient le socle du SIH territorial

Depuis plusieurs années, la transformation numérique du système de santé français s’accélère.

Entre les programmes HOP’EN, la généralisation de l’Identité Nationale de Santé (INS) et les investissements du Ségur du numérique en santé, les établissements hospitaliers disposent aujourd’hui d’un cadre structurant pour moderniser leurs systèmes d’information.

Dans ce contexte, un sujet s’impose progressivement comme un prérequis de la convergence numérique des territoires de santé : l’identité patient à l’échelle du GHT.

L’identité patient, première donnée du système d’information hospitalier

Dans un établissement de santé, l’identité patient constitue la première information créée dans le système d’information hospitalier.

Elle alimente ensuite l’ensemble des applications :

  • dossier patient informatisé (DPI)
  • imagerie médicale
  • biologie
  • facturation
  • parcours administratif du patient

Autrement dit, toute la chaîne de soins dépend de la qualité de cette donnée initiale.

Dans un établissement isolé, la gestion de l’identité patient repose généralement sur la Gestion Administrative du Patient (GAP). Mais avec la création des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), cette logique doit désormais s’étendre à l’échelle d’un territoire.

Les GHT : une nouvelle échelle pour l’identité patient

La loi de modernisation du système de santé de 2016 a instauré les Groupements Hospitaliers de Territoire afin de permettre aux établissements de coordonner leurs prises en charge. Dans ce cadre, le système d’information constitue une fonction mutualisée obligatoire du GHT. La réglementation prévoit notamment que les établissements d’un groupement doivent être capables d’utiliser un identifiant patient unique à l’échelle du territoire.

Cette exigence change profondément la manière de gérer les identités. L’enjeu n’est plus seulement d’identifier un patient dans un établissement, mais de garantir une identité fiable dans l’ensemble des établissements du territoire.

Identités multiples : une réalité encore fréquente dans les territoires

Historiquement, chaque établissement hospitalier a construit son système d’information de manière autonome.

Chaque GAP possède donc :

  • ses règles d’identitovigilance
  • sa base d’identités
  • son identifiant patient permanent (IPP)

Lorsqu’un patient consulte plusieurs établissements d’un même territoire, il peut alors être enregistré plusieurs fois.

Ces situations génèrent plusieurs difficultés :

  • doublons d’identité entre établissements
  • collisions d’IPP
  • divergences dans les traits d’identité
  • complexité des fusions

Dans un système d’information hospitalier de plus en plus interconnecté, ces incohérences peuvent fragiliser la qualité des données et compliquer le partage d’informations entre établissements.

INS et Ségur du numérique : une nouvelle étape pour l’identification des patients

La généralisation de l’Identité Nationale de Santé (INS) constitue une avancée majeure pour sécuriser l’identification des patients. Portée par les politiques publiques du Ségur du numérique en santé, l’INS permet de fiabiliser les traits d’identité et d’améliorer l’interopérabilité entre systèmes d’information.

Les logiciels hospitaliers doivent désormais intégrer des fonctions permettant :

  • la récupération de l’INS
  • la qualification de l’identité
  • la sécurisation des échanges

Les solutions de gestion administrative du patient certifiées Ségur répondent à ces exigences. Cependant, l’INS ne remplace pas les référentiels d’identités hospitaliers.

Les établissements doivent toujours gérer :

  • les identifiants patients locaux
  • les fusions d’identités
  • les historiques
  • les flux entre applications

L’enjeu devient alors d’orchestrer ces identités à l’échelle d’un territoire.

HOP’EN : un premier cadre pour la convergence des identités

Bien avant le Ségur du numérique, le programme HOP’EN (Hôpital numérique ouvert sur son environnement) avait déjà identifié l’identité patient comme un prérequis majeur de la transformation numérique hospitalière.

La mise en place d’un serveur d’identités partagé fait partie des prérequis permettant de structurer la convergence des systèmes d’information hospitaliers.

Autrement dit, avant de converger les DPI ou de partager les données médicales, il faut d’abord parler du même patient dans tous les établissements du territoire.

Des territoires déjà engagés dans la gestion territoriale de l’identité

Plusieurs années après le lancement de ces programmes nationaux, les territoires n’en sont plus tous au même stade. Certains GHT ont déjà engagé des projets structurants autour d’un référentiel d’identité patient territorial, avec la mise en place d’un Serveur d’Identité Unique (SIU).

Ces dispositifs permettent notamment :

  • d’attribuer un identifiant patient unique à l’échelle du territoire
  • de détecter les doublons entre établissements
  • d’harmoniser les règles d’identitovigilance
  • de partager les identités entre les applications du SIH

Dans plusieurs territoires, ces solutions sont aujourd’hui utilisées quotidiennement dans les opérations hospitalières.

Un sujet encore ouvert pour de nombreux GHT

Pour autant, de nombreux GHT poursuivent encore leur réflexion.

Plusieurs questions structurantes restent souvent à traiter :

  • comment organiser la gouvernance de l’identitovigilance territoriale ?
  • comment gérer les collisions d’IPP entre établissements ?
  • comment articuler ce dispositif avec les projets de convergence du DPI ?
  • comment intégrer l’INS dans les processus existants ?

La mise en place d’un référentiel d’identité partagé nécessite en effet un travail préparatoire important :

  • audit des bases d’identités existantes
  • cartographie des flux applicatifs
  • définition des règles de gestion communes

Ces étapes sont essentielles pour sécuriser la mise en œuvre d’un serveur d’identités territorial.

Le serveur d’identités : une brique structurante du SIH territorial

Pour répondre à ces enjeux, de nombreux territoires mettent en place un Serveur d’Identité Unique (SIU). Ce référentiel centralisé permet de gérer l’identité patient à l’échelle du GHT et d’assurer la cohérence des identités entre établissements.

Il permet notamment :

  • l’attribution d’un identifiant patient unique partagé
  • la détection des doublons à l’échelle territoriale
  • la gestion des fusions d’identités
  • la diffusion des mises à jour vers les applications connectées

Dans ce modèle, chaque application du système d’information hospitalier s’appuie sur ce référentiel commun pour identifier les patients. Le serveur d’identités devient ainsi le socle de confiance du système d’information hospitalier territorial.

Identité patient : la fondation du SIH de territoire

À mesure que les établissements convergent leurs organisations et leurs systèmes d’information, l’identité patient devient bien plus qu’une donnée administrative. Elle constitue désormais la fondation du système d’information territorial.

Avant de partager les données médicales, de déployer un DPI commun ou d’interconnecter les applications, les établissements doivent répondre à une question essentielle : comment garantir une identité patient unique et fiable à l’échelle de tout un territoire de santé ?

C’est précisément l’un des enjeux majeurs des projets de convergence numérique hospitalière.

Dans un prochain contenu, nous partagerons le retour d’expérience d’un GHT ayant déployé un serveur d’identités à l’échelle territoriale.

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